L’Orchestre Saint-Charles

Qui a fondé l’orchestre du Séminaire? À quand remonte cette fondation? Sous quelle appellation a-t-il été fondé? Voilà trois questions pertinentes à la petite histoire du Séminaire et auxquelles nous trouverons réponse dans cet article.
Les chroniques du Séminaire de l’Annuaire 1930-31 nous apprennent que l’orchestre fut fondé par un trio formé des abbés Charles Charette, Alphonse Fortin et Jean Forest. Le chroniqueur ne nous donne aucun détail sur les circonstances de cette fondation. Par contre la lecture des annuaires antérieurs ou postérieurs à 1931 nous renseignent sur les directeurs qui se sont succédés depuis les débuts ainsi que sur les membres qui en ont fait partie. On trouve même quelques photos du petit orchestre dans les années 1930 et suivantes.

Pour nous faciliter la tâche, une source de La Vie écolière nous offre sur un plateau d’argent la réponse à nos trois questions. L’article est plutôt bien documenté et corrobore en totalité le chroniqueur cité précédemment. Nous reproduisons donc intégralement cette source de La Vie écolière, No 517, Avril-Mai 1953.

Le 8 mars 1916 une nouvelle institution prenait naissance au Séminaire de Rimouski: les abbés Lionel Roy, Charles Charette, et Alphonse Fortin, au bureau du préfet des études, l’abbé Fortunat Charron, jetaient les bases d’une organisation qui dotait notre Alma Mater d’un orchestre.
Le projet de grouper les instruments à cordes était cependant d’assez vieille date.
On sait sans doute que la musique eut toujours chez nous la place qui lui est due. Ainsi l’Harmonie Sainte-Cécile était vieille à ce moment; et un professeur de violon enseignait presque régulièrement la touche des cordes.
L’idée de jouer ici de la musique orchestrale vint à deux reprises par suite de l’audition d’un orchestre. Pour la bénédiction du nouveau séminaire en 1872, on fit demander un orchestre. Cette première audition fit germer des projets qui, cependant, ne portèrent pas fruits. Mais en mai 1915, alors que l’on fêtait les noces d’argent épiscopales de Mgr A.-A. Blais, un autre orchestre, la Société Philarmonique Haydn de Québec, fit les frais de la musique et avec assez de brio.
A l’automne, l’abbé Charles Charette, qui pratiquait le violon depuis quelque temps, continua ses exercices avec la ferme résolution de former un ensemble à cordes. M. l’abbé Alphonse Fortin se procura bientôt un violoncelle; avec l’abbé Forest de l’évêché, on avait déjà un trio. Et c’est ainsi que le 8 mars 1916 on en arrivait à fonder un orchestre au Séminaire.
L’acquisition des instruments souleva la question d’argent, embarrassante comme toujours. M. l’abbé Jean Forest prit l’affaire en main et accepta en même temps la direction de l’orchestre. Celui-ci parut en public à la Pentecôte, le 11 juin; c’était son baptême de feu. Le 18 du même mois, il joua à la distribution des prix.
En septembre 1917, M. l’abbé Alphonse Fortin prit la direction pour la garder jusqu’en 1920. Il y eut durant ce temps la terrible qrippe espagnole; elle ferma le séminaire (en gardant les élèves) pendant quatre mois.
Mais en 1920, M. l’abbé Fortin doit céder le pupitre à M. l’abbé Charles Charette; celui-ci dirigea jusqu’en 1922. Comme les fonds de l’organisation manquaient, on demanda aux philosophes de l’année 21-22 de répéter leur soirée de la Sainte-Catherine devant le public. On gratifia ainsi le trésor de cent sept dollars.
M. l’abbé Charette, obligé de quitter son poste en 1922, est remplacé par M. l’abbé Alphonse Fortin. Ce dernier tiendra la baguette jusqu’au mois de juin 1925. On ne peut parler de cette période sans signaler la fondation d’un quintette (violon, violoncelle, clarinette, flûte et piano); cinq étudiants du séminaire voulaient se perfectionner en musique. Ils trouvaient peut-être que l’orchestre ne progressait pas assez vite, car une période de quatre mois s’écoula sans aucune répétition! Mais on se rallia pour inaugurer la salle académique le 30 avril 1925.
Septembre 1925 marquait l’ouverture d’un long règne. En effet, M. l’abbé Auquste Lavoie, qui succédait à M. Fortin, devait tenir la place de directeur de l’orchestre jusqu’en 1936. Durant cette période, ou plus exactement en 1927, mourut le chanoine J.-A. Moreault, supérieur. L’orchestre, en marque de deuil, arrêta ses activités; mais l’assistant-supérieur insista pour que l’on jouât à l’Académie Saint-Jean. L’année suivante, le 25 mars, Mqr Courchesne monte sur le siège épiscopal de Rimouski; l’orchestre, bien entendu, doit jouer quelques airs. Dans les années qui suivirent cet évènement, on eut à déplorer une certaine décadence de l’orchestre. Même, en 1936, on ne joua pas à la fête du supérieur.
A ce moment. M. l’abbé Lavoie, qui avait dirigé depuis 1925, est remplacé par M. l’abbé Joseph Lévesque. Celui-ci doit s’occuper en même temps de la fanfare, de la chorale et de l’orchestre. On doit à ce dévoué directeur musical la présence des instruments à vent dans l’orchestre du Séminaire. A partir de ce moment, le nom de « Philharmonie » remplace celui d’orchestre Saint-Charles; mais ce n’est pas officiel!..
Cependant, M. l’abbé Lévesque, nommé curé, est remplacé à la direction pour l’année 37-38, par M. Léopold Lamontagne qui doit à son tour, après avoir joué à la fête du supérieur, laisser la place. Un violoniste de Québec, M. Fernando St-Georqes, passe à la direction. On fait de la belle musique, mais faute d’occasions, l’on ne se présente pas en public. C’est aussi cette même année que durant une réunion des membres on décida de laisser de côté le nom de « Philharmonie » et de continuer d’appeler notre corps musical Orchestre Saint-Charles.
M. St-Georges n’est resté qu’un an à la direction. En 1938 M. l’abbé Georges Beaulieu monte à la tribune. Il sera remplacé en 1940. L’orchestre, durant cette période, travaille avec ardeur et fait du progrès. Il eut en somme deux occasions de manifester son habileté. En février 1940, Mgr Mélanson, archevêque de Moncton et ancien du Séminaire, vint rendre visite à son « Alma Mater ». Il n’est pas besoin de dire qu’on le reçut chaleureusement; et l’orchestre, de son côté, donna tout ce qu’il avait de plus beau. En juin de la même année, à l’occasion du grand conventum, l’orchestre, qui naturellement devait animer cette réunion grandiose, accompagna la « Cantate » du Séminaire. Cette dite « Cantate », espèce d’épopée, avait été composée en 1920 lors du cinquantième anniversaire de la fondaüon de notre maison. M. l’abbé Charles Charron † en avait composé les paroles et l’orchestration était de M. Alphonse Fortin. Elle avait pour but de chanter dans un style d’épopée les différentes phases de l’évolution de notre « Alma Mater » depuis sa fondation.
Et c’est ainsi que nous passons au directeur actuel M. l’abbé Antoine Perrault qui tient ce poste depuis septembre 1940. S’il y eut durant son règne (d’ailleurs inachevé) quelques petites baisses, il faut cependant noter des initiatives de grande envergure. Nos maîtres de salle et nos professeurs se souviennent du « Fils du Croisé » joué en mai 1943; l’orchestre accompagnait. Plus récemment encore, en mars 1946, l’orchestre soutenait les partitions de l’opéra « Joseph ». Et à l’occasion du synode diocésain, en 48, on joua les quatres mouvements de la symphonie militaire numéro 100 de Hadyn; et ce n’est pas tout. En la même circonstance, Benoît Michaud, accompagné de l’orchestre, exécuta le concerto de Weber pour clarinette et orchestre; ici, cependant les lauriers peuvent aller à M. Michaud…
Retenons donc que l’orchestre est assez vieux, qu’il est presque nécessaire dans une maison d’enseignement comme la nôtre et, surtout, qu’il se développera dans la mesure où nous exploiterons nos talents…

Jean-Claude Lebel, élève de Belles-Lettres

† Il s’agirait de l’abbé Fortunat Charron

La lecture de l’article de M. Lebel soulève toutefois 2 points d’interrogation…

Quel rôle précis a pu jouer l’abbé Lionel Roy dans la fondation de l’orchestre, à part celui de participer à une rencontre au bureau du préfet des études, le 8 mars 1916, avec les abbés Alphonse Fortin et Charles Charette? Pourtant, dès l’automne 1915, le trio était plutôt formé des abbés Charette, Fortin et Forest. On retiendra donc ces trois noms comme fondateurs de facto de l’orchestre Saint-Charles.

D’autre part, on peut s’étonner des progrès prodigieux et de l’évolution fulgurante de cet orchestre. En effet, à peine une année après la date de sa création, on pouvait lire dans les chroniques du Séminaire en date du 17 avril 1917 :

« L’orchestre donne son grand concert annuel. Pas un morceau qui ne soit strictement classique de composition et d’interprétation. Comme intermède, à côté des menuets antiques, M. l’abbé Fortunat Charron donne une causerie sur « vieilles choses et vieilles gens » : crinolines et mitasses, etc… »

N’ayant aucune raison sérieuse de douter de la crédibilité du chroniqueur, on doit conclure que non seulement le premier trio avait pris une longueur d’avance au moment de la création de l’orchestre, mais il a fait preuve d’une habilité extraordinaire pour recruter autant de membres qualifiés en si peu de temps!

Dans un article à venir, nous compléterons l’épopée de cet orchestre, pour utiliser un terme tiré de la cantate du cinquantième, qui n’a cessé de charmer nos oreilles et dont les échos ont retenti urbi et orbi bien au-delà des années 1950.

Jacques Dionne

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